Le Laboratoire des lucioles

Exposition collective MTL+
Biosphère, Montréal, 2019

Conception :
Karyna St-Pierre, Pierre-Yves Diehl, Mathieu Pelletier, Émilie Labrousse, Taika Baillargeon, Julie Parenteau

Les amis : Mathieu Régnier et Philippe Lupien (Commissaires d’exposition), l’équipe de la Biosphère

Il était une fois en 2017. Il faut s’être penché sur la carte de l’est de Montréal pour comprendre l’ampleur du territoire occupé par les raffineries. Ce sont des rues, des quartiers, des édifices à bureaux, des tours étranges et torsadées, des réservoirs blancs et circulaires posés un peu partout comme les pions d’un jeu de dames pour géants. C’est une ville dans la ville. Un espace clôturé, une cité interdite. Repenser l’aménagement de ce territoire c’est repenser 20 km carrés de surfaces, des centaines de bâtiments et de structures enchevêtrées aux travers des milliers de kilomètres de tuyaux.

Il sera un jour, en 2067. C’est le début de notre conte. Une fable avec un monstre de lumières. Un cracheur de feu. Une sorte de machine grave, tragique, sale et lumineuse à la fois. L’or noir qui la faisait respirer est mort en 2030. Envolé. Enfoui. Disparu à tout jamais. Comme une minuscule poussière dans l’Histoire, il laisse un héritage aussi destructeur que mystérieux dans le paysage. Notre conte cherche à conserver l’énigme ainsi que la beauté tragique et sublime de sa ferraille. Notre histoire décrit un paysage de ruines pétrolières transformées en écosystème hybrides ou se mélangent une faune revenue, une flore étincelante, des centaines de sentiers, des reliques de tuyaux-lierres, des cheminées-arbres, des végétaux bioluminescents et des épinettes rouillées.

Notre fable décloisonne. Elle connecte au reste de la collectivité. Comme un lieu phare, elle permet l’exploration d’un vaste territoire ouvert sur la ville, traversable et accessible par de nombreux transports autonomes. Notre conte est un laboratoire vivant toujours en mouvement. Il redonne de la lumière grâce à l’eau omniprésente. Avec la création d’un canal, de marais filtrants, de noues naturalisées, de berges aménagées et de drainages des eaux pluviales, le site prend racine à nouveau. La lumière revient grâce à la fertilité. C’est seulement après la décontamination des sols par les végétaux que les forêts sont arrivées. Des prairies, des fruitiers, des forêts denses inaccessibles et préservées, des forêts nourricières et structurées se côtoient sur cet immense nature retrouvée.

Notre laboratoire est une fable sur la lumière. Elle révèle les ruines d’un empire qui s’est éteint comme tant d’autres, arrivé au terme de ses ressources. L’arrivée de la recherche en bioluminescence, l’utilisation des cuves comme lieux culturels et pédagogiques ou comme architecture transitoire transforme le site en un lieu unique au monde, vivant et harmonieux. Le monstre de lumière respire toujours. Les lucioles et les fougères bioluminescentes ont remplacé ses flammes. Endormi, son énergie est belle et respectueuse de son environnement. Ses paysages forment une nouvelle nature étrange, étincelante, colorée et joyeuse.